Des vers et des virées

12 octobre 2019

Colette au Palais Royal : Promenade

LES VRILLES DE LA VIGNE     

1908 par (Gabrielle Sidonie) Colette

Voici la première nouvelle du recueil:

 

"Autrefois, le rossignol ne chantait pas la nuit. Il avait un gentil filet de voix et s’en servait avec adresse du matin au soir, le printemps venu. Il se levait avec les camarades, dans l’aube grise et bleue, et leur éveil effarouché secouait les hannetons endormis à l’envers des feuilles de lilas.

 

Il se couchait sur le coup de sept heures, sept heures et demie, n’importe où, souvent dans les vignes en fleur qui sentent le réséda, et ne faisait qu’un somme jusqu’au lendemain.

 

Une nuit de printemps, le rossignol dormait debout sur un jeune sarment, le jabot en boule et la tête inclinée, comme avec un gracieux torticolis. Pendant son sommeil, les cornes de la vigne, ces vrilles cassantes et tenaces, dont l’acidité d’oseille fraîche irrite et désaltère, les vrilles de la vigne poussèrent si dru, cette nuit-là, que le rossignol s’éveilla ligoté, les pattes empêtrées de liens fourchus, les ailes impuissantes…

 

Il crut mourir, se débattit, ne s’évada qu’au prix de mille peines, et de tout le printemps se jura de ne plus dormir, tant que les vrilles de la vigne pousseraient.

 

Dès la nuit suivante, il chanta, pour se tenir éveillé :

 

Tant que la vigne pousse, pousse, pousse… Je ne dormirai plus !

Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…

 

Il varia son thème, l’enguirlanda de vocalises, s’éprit de sa voix, devint ce chanteur éperdu, enivré et haletant, qu’on écoute avec le désir insupportable de le voir chanter.

 

J’ai vu chanter un rossignol sous la lune, un rossignol libre et qui ne se savait pas épié. Il s’interrompt parfois, le col penché, comme pour écouter en lui le prolongement d’une note éteinte… Puis il reprend de toute sa force, gonflé, la gorge renversée, avec un air d’amoureux désespoir. Il chante pour chanter, il chante de si belles choses qu’il ne sait plus ce qu’elles veulent dire. Mais moi, j’entends encore à travers les notes d’or, les sons de flûte grave, les trilles tremblés et cristallins, les cris purs et vigoureux, j’entends encore le premier chant naïf et effrayé du rossignol pris aux vrilles de la vigne :

 

Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…

 

Cassantes, tenaces, les vrilles d’une vigne amère m’avaient liée, tandis que dans mon printemps je dormais d’un somme heureux et sans défiance. Mais j’ai rompu, d’un sursaut effrayé, tous ces fils tors qui déjà tenaient à ma chair, et j’ai fui… Quand la torpeur d’une nouvelle nuit de miel a pesé sur mes paupières, j’ai craint les vrilles de la vigne et j’ai jeté tout haut une plainte qui m’a révélé ma voix.

 

Toute seule, éveillée dans la nuit, je regarde à présent monter devant moi l’astre voluptueux et morose… Pour me défendre de retomber dans l’heureux sommeil, dans le printemps menteur où fleurit la vigne crochue, j’écoute le son de ma voix. Parfois, je crie fiévreusement ce qu’on a coutume de taire, ce qui se chuchote très bas, – puis ma voix languit jusqu’au murmure parce que je n’ose poursuivre…

 

Je voudrais dire, dire, dire tout ce que je sais, tout ce que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui m’enchante et me blesse et m’étonne ; mais il y a toujours, vers l’aube de cette nuit sonore, une sage main fraîche qui se pose sur ma bouche, et mon cri, qui s’exaltait, redescend au verbiage modéré, à la volubilité de l’enfant qui parle haut pour se rassurer et s’étourdir…

 

Je ne connais plus le somme heureux, mais je ne crains plus les vrilles de la vigne."

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Gabrielle Colette est née à St Sauveur en Puisaye en 1873.

Son père est percepteur.Il a perdu une jambe à la guerre

Elevée librement, dans la culture et l'aisance, son enfance est très heureuse.

Sa mère, c'est Sido que l'on retrouve dans l'oeuvre de Colette. Elle est frivole, aimante, contestataire et elle ruine gentiment la famille avec ses dépenses inconsidérées.

Elle épouse un grand séducteur : Willy, Henri Gauthier-Villars, qui fait travailler des nègres pour lui et sa maison d’édition à Paris. Avec ses magnifiques favoris, il porte beau ! Il introduit Gabrielle dans les salons littéraires. colette a 20 ans.

Il voudrait bien  concurrencer" Le petit Chose" d’Alphonse Daudet qui fait un tabac !

Alors il demande à sa femme d’écrire ses souvenirs d’enfance et il installe une légende autour d’elle : c’est une inconnue qui lui a remis le manuscrit de Claudine à l’école(1893). Le livre marche bien . Concurrence réussie. Il signe lui-même les "Claudine".

Elle signera ses livres Colette Willy jusqu’en 1923

Willy a de nombreuses maitresses mais il ne supporte pas que sa femme ait des amants. Mais des femmes il veut bien. Il lui présente Missy, une homosexuelle sulfureuse.Elles font scandale, dans la société et sur scène car : Plus de Willy. Elle se sépare de lui.

De 1905 à 1912 Colette fréquente des femmes, elle est mime très dénudée au théâtre où elle fait scandale par exemple nue sous une peau de panthère !

En 1912 elle épouse Henri de Jouvenel, politicien et journaliste. Elle a une fille avec lui ( Bel Gazou).

Il travaille au journal « Le Matin ». Il y fait entrer Colette et elle y restera longtemps. Elle deviendra directrice littéraire.

Son mari la trompe. Vengeance dit-elle!

Elle aussi va le tromper et avec son fils de 17 ans !!! Elle divorce en 1923

Avec Ravel elle écrit « L’enfant et les Sortilèges »

Elle fréquente beaucoup St Tropez et le quittera lorsque ça deviendra trop touristique d'après elle,déjà, en 1938.

Son 3ème mari est Maurice Goudeket, homme d’affaires et journaliste. Ce sera un bon ami.

En 1945 elle est élue à l’Académie Goncourt. Pas encore de femme à l’académie française ! 

Elle s’installe à l’entresol du 9 Rue de Beaujolais . Elle souffre d’une arthrite de la hanche et elle sera de plus en plus invalide.

Après la guerre elle aura l’étage noble comme elle dit,qui donne sur le jardin . Elle devient la dame du palais royal à sa fenêtre où on a installé une étoile car elle disait dans son roman « Létoile Vesper », qu’elle irait bientôt la rejoindre. ( Vesper c’est Vénus). C’est son symbole, affiché à la fenêtre où on voyait la nuit briller « le fanal bleu » sa lampe bleue car elle écrivait la nuit. Elle se promenait avec Cocteau qui habitait à deux pas quand il était à Paris.

Les deux allées du jardin ont pris cette année leurs deux noms: Colette pour l'une et Jean Cocteau pour l'autre. Sur les bancs on a gravé des phrases écrites par eux.

En 1954 elle aura des obsèques nationales mais pas catholiques car elle était trop sulfureuse pour l’église.

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Voici la liste de ses oeuvres de son vivant. Il n'y a pas ses oeuvres posthumes, ni ses correspondances:

1900 : Claudine à l'école

1901 : Claudine à Paris

1902 : Claudine en ménage

1903 : Claudine s'en va

1904 : Minne

1904 : Dialogues de bêtes (titre original : Sept dialogues de bêtes)

1907 : La Retraite sentimentale (clôt la série des Claudine), illustrations de Georges Gobo

1908 : Les Vrilles de la vigne (nouvelles)

1909 : L'Ingénue libertine

1910 : La Vagabonde

1913 : L'Entrave

1913 : L'Envers du music-hall

1913 : Prrou, Doucette et quelques autres

1916 : La Paix chez les bêtes

1917 : Les Heures longues, 1914-1917

1918 : Dans la foule

1919 : Mitsou ou Comment l'esprit vient aux filles

1920 : Chéri

1922 : La Chambre éclairée

Recueil de textes publiés dans la presse à la fin de la Première Guerre mondiale.

1922 : La Maison de Claudine

1923 : Le Blé en herbe

1924 : La Femme cachée (nouvelles)

1925 : L'Enfant et les Sortilèges (fantaisie lyrique, musique de Maurice Ravel)

1926 : La Fin de Chéri

1928 : La Naissance du jour

1929 : La Seconde

1930 : Sido

1932 : Le Pur et l'Impur (d'abord paru sous le titre : Ces plaisirs…)

1933 : La Chatte

1934 : Duo

1934 : Affaires de cœur, avec Abel Bonnard, Abel Hermant et Paul Morand

1936 : Mes apprentissages

1936 : Splendeur des papillons, Librairie Plon

1937 : Bella-Vista

1938 : La Jumelle noire

Quatre tomes de recueil de critiques littéraires et cinématographiques : tome I (1934), tome II (1935), tome III (1937), tome IV (1938).

1939 : Le Toutounier (suite de Duo)

1940 : Chambre d'hôtel

1941 : Julie de Carneilhan

1941 : Journal à rebours

1943 : Le Képi

1943 : Nudité

1944 : Gigi

1944 : Paris de ma fenêtre

1946 : L'Étoile Vesper

1949 : Le Fanal bleu

1953 : Paradis terrestre

+ œuvres posthumes

 

A partir de 1917 pas moins de 16 films jusqu’à 2018 seront tirés de ses œuvres

+7 à la télévision

(et 2 pièces au théâtre )

 

 

 

 

 

 

 

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01 octobre 2019

Des verbes pour dire des savoirs: Vrais et Manipulés

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FAIRE D'ABORD UNE LISTE DE COMPETENCES

Je sais lire la Poésie

Je sais remplir les verres et les vider

Je sais renverser les bouteilles

Je sais peigner la girafe et donner de la confiture aux cochons

Chut....Je crois bien que je sais aussi sodomiser les mouches...

Je sais danser devant le buffet et découvrir le pot aux roses

Mais j'ai jamais pissé dans un violon!!

Je sais poser un lapin, parler pour ne rien dire et jouer du pipeau

Je sais me battre contre les moulins et brasser du vent

ENSUITE ECRIRE UNE DIZAINE DE LIGNES-ou davantage- SYMPATHIQUES, POETIQUES, ORIGINALES OU DEJANTEES OU...COMME ON VEUT

     Brasser du vent c'est facile

Il suffit d'aller vers le Nord

Où nait le vent glacé.

Il faut chercher sur la toundra

Les bras de la bise qui pique

Mais les trouver c'est difficile

Car le vent est partout

Il souffle tant que l'herbe est rare

Il vous enveloppe et vous prend

Brassez, brassez pour résister! 

Dans le froid c'est pas si facile

Qui gagnera ? Vous ou le vent ?

Brasser du vent c'est difficile

Alors fuyez à toutes jambes

Courez , filez sans regarder

Les mille bras du vent du Nord

Qui règne en maitre sur la toundra.

Ventre à terre courez au Sud

            Et là

Brasser du vent c'est facile

dans cette chaleur bienfaisante

Etouffante

Nait le vent du Sud qui réchauffe

 

Chercher d'abord dans la forêt.

Coucou caché. Où est-il passé ?

Déjà parti ou envolé

Alors chercher dans la savane

Où vit le lion ou l'antilope

Coucou caché. Où est-il passé ?

Déja filé ? Il a mis les bouts ?

Décidément brasser du vent c'est pas facile

Il se barre tout le temps.

Chercher alors dans le désert

Sur les cailloux ou sur les dunes

Ah! Le voilà ! Il est partout

Il brasse du sable, des petits grains

Des milliers de grains.

Il est gonflé ce vent du Sud

Moi qui croyais qu'il était doux

Comme la brise du matin

Chaud comme une caresse du soir

Mais le voilà vif, acéré

Comme mille piqûres de sable

Va brasser mille piqûres

ça pince

Brasser du vent, brasser de l'air

Qui a dit que c'était facile

Pas moi. Ou alors j'avais bu ! 

 

    Jouer du pipeau c’est facile

C’est ce qu’on dit

J’y arrive pas, c’est pas mon truc.

                     J’ai pris le pipeau, y avait plein de trous

                     J’ai essayé le plus gros

                              Rien.

                      C’était du pipeau

Les petits n’ont rien donné non plus.

Je ne vais quand même pas souffler dans cette fente ridule

Je veux jouer du pipeau en grand

Avec des grosses menteries

Des fables à faire dresser les cheveux

Des bobards énormes

Du baratin, du bluff, de l’esbrouffe !

                                   Pour ça il faut un gros trou de pipeau

                                Alors on enfile les boniments

                               On bourre les crânes, on bourre le mou

                              Rien ne vaut de belles craques et quelques salades 

               Dire qu'il y a des spécialistes 

                Pour nous faire avaler des couleuvres

                  Et prendre des vessies pour des lanternes....

 

 

 

 

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